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LIBÉRONS GEORGES IBRAHIM ABDALLAH

Blog du Collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah, communiste révolutionnaire arabe emprisonné en France depuis 1984. Contact : liberonsgeorges@no-log.org Lui écrire : 2388/A221 - CP de Lannemezan - 204 rue des Saligues - BP 70166 - 65307 LANNEMEZAN

Georges Abdallah - Contribution de Jean-Pierre Bastid au meeting du 15 mai 2009

Publié le 15 Mai 2009 par Libérons Georges Ibrahim Abdallah in Mai 2009 - Meeting Georges Abdallah

Ce 15 mai 2009, nous sommes réunis ici pour vous parler de Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier politique détenu par l'Etat français depuis 25 ans. Sa demande de libération a été rejetée le 5 mai dernier.


Depuis la loi sur la rétention de sûreté, les prisonniers condamnés à perpétuité doivent être examinés par une commission pluridisciplinaire chargée de se pro­noncer sur leur « dangerosité » avant une demande de libération condition­nelle.

À Fresnes, on a examiné le potentiel de « dangerosité » de Georges Abdallah.

 

« Considérant que lors de ses différentes auditions que le condamné a clairement revendiqué le caractère politique de son action et ses con­victions anti-impérialistes »,

sa dangerosité est démontrée

« par la force intacte de ses convictions qui peuvent à nouveau, si le contexte politique s'y prêtait, le pousser à se comporter en activiste résolu et implacable. ».


Ce sont les motivations de la cour.


C'est une décision parfaitement pétainiste de dire à un Libanais : « engagez-vous à ne jamais vous battre même si le Liban est envahi ». Un pétainisme qui vient de loin.

 

Aussi, je voudrais rappeler le parcours d'un combattant


Né dans le nord du Liban, Georges Ibrahim Ab­dal­lah a fait ses études à l'Ecole Normale. Il adhère à la résistance pa­les­ti­­nien­­ne (Front Populaire de Libération de la Palestine) et est blessé lors de l'invasion israé­lien­­ne du sud Liban en 1978.

En 1982, Israël lance l'Opération Paix en Galilée pour envahir le Liban, la Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise (FARL) exécute Yacov Barsimen­tov, respon­sa­ble du Mossad de l'ambassade d'Israël à Paris, Charles Robert Ray, attaché militaire à l'ambassade des U.S.A., mais manque le Consul Général des Etats-Unis à Stras­bourg.


Georges Ab­dal­lah est arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon par les forces de sécurité françaises pour détention de faux papiers. Sur intervention du gouvernement algérien, les autorités françaises font la pro­messe de le relâcher. Dans Verbatim, Jacques Attali raconte que le chef du dé­par­­tement des services secrets français a été envoyé en Algérie pour informer le gouvernement algé­rien :

« Jeudi 28 mars 1985. Bonnet, patron de la DST, en­voyé à Alger, explique qu'Abdal­lah, arrêté à Lyon, sera libéré pendant l'été en raison des faibles charges qui pèsent contre lui. Les Algériens lui répondent que le Français enlevé au Liban, Peyrroles, sera relâché si Abdallah l'est aussi. On obtient que celui-là précède celui-ci. »


Mais les autorités françaises ne respectent pas leur engagement. Traduit devant le tribunal le 10 juillet 1986, Georges Abdallah est condamné à quatre ans de prison pour la détention d'armes et d'explosifs.


Le 1er mars 1987, la justice française le juge de nouveau : cette fois, accusé de conspiration et d'actes terroristes, Georges Abdallah est condamné à perpétuité par la Cour de sûreté de l'État. Les États-Unis se sont portés partie civile dans ce  procès : Ronald Reagan y voit une occasion de démontrer la capacité et la volonté des démocraties d'éradiquer le terrorisme.

 

En mars 1987, on était encore loin du 11 septembre, qui justifiera bien des exactions états-uniennes !


Le président américain fait valoir son point de vue lors d'une réunion avec François Mitter­rand. Pressé par le lobby israélien, Reagan répète ses interven­tions pour obliger les autorités fran­çai­ses à maintenir Georges Abdallah en détention. Bien sûr, la France fait allégeance.


Vendredi 27 juin 1986, La Haye. À leur petit déjeuner à l'ambassade de France, le pré­sident Mitterrand informe Helmut Kohl :

« Le con­seiller pour la Sécurité de Ronald Reagan, John Pointdexter, nous télégraphie pour nous mettre en garde contre une éventuelle libération d'Ibrahim Abdallah avant son procès et avant que les autorités américai­nes n'aient toutes les preuves relatives aux charges contre lui. » [1]


L'opinion publique est traumatisée par la série d'attentats à la bombe qui ont eu lieu à Paris entre 1986 et 1987. Les autorités françaises ont beau jeu d'accuser Ab­dal­lah d'en être l'instigateur. Elles les imputent carrément aux frères du pri­sonnier et des récompenses sont promises aux délateurs. Leurs noms sont diffusés et leurs photos figu­rent dans tous les postes frontaliers et les lieux pu­blics. Les frères Abdallah organisent des con­férences de pres­­se pour démentir ces calomnies et Georges est placé à l'isolement.


Depuis, la France a arrêté le groupe responsable de ces explosions, dévoilant ainsi que l'accu­sa­tion contre lui était montée de toute pièce[2], mais sa condamna­tion à per­pé­tuité avait dé­si­gné Abdallah comme bouc émissaire. En rassurant la populations française, cette condamnation a apai­sé Amé­ri­cains et Israéliens en leur prouvant que la France était un pays capable de lutter contre le « terroris­me ».


Les autorités juridiques françaises ont rouvert son dossier cinq fois à la sui­te pen­dant les années passées. Lors de sa réouverture pour la quatrième fois, Abdallah, interrogé sur son attitude con­cer­nant la résistance nationale libanaise, a répondu que :

tout peu­ple dont le territoire est occupé résiste à l'occupation.

Il a dit :

qu'il retournerait au Liban et se mettrait à la dis­po­si­tion de son peuple et de son pays.


Lors de son audience du 15 mars 2002 au Palais de la Justice à Paris, le Tribunal de la li­bération conditionnelle a refusé de le relâcher au motif que ses répon­ses n'étaient pas con­vain­­cantes et que son retour au Liban n'était pas une raison suffi­san­te pour l'em­­pê­cher de récidiver.


En jugeant a priori des actes d'un militant après sa libération, les auto­ri­tés fran­çaises se conduisent comme l'Inquisition du Moyen Âge qui s'arro­geait le droit de scruter les profondeurs de la conscience. Mais n'est-ce pas déjà un préfigu­ration de notre bel aujourd'hui où le délit de « mauvaise pensée » peut conduire quiconque est convaincu d'avoir lu des « mauvaises livres » à la case prison !


En novembre 2003, la juridiction de la libération conditionnelle de Pau a ordon­né la re­mi­se en liberté de Georges Ibrahim Abdallah, à condition qu'il ait quitté définitivement le ter­ri­toire le 15 décembre. Mais Dominique Perben, alors mi­nis­tre de la Justice (rappelons comment l'individu servit la soupe à son com­père Berlusconi dans l'affaire Battesti) fait appel de la dé­cision.

Le 15 janvier 2004, la libération est rejetée. Une émission diffusée en 2005 sur TV5 sur le terrorisme international présente Georges Abdallah comme un terro­riste... islamiste !


Notre camarade n'a cessé de se battre contre l'impérialisme et le capitalisme, pour la victoire des clas­ses opprimées, dans un projet communiste internatio­naliste. Son opposition aux théories islamistes ne découle pas d'une position opportuniste contre l'islam et la « nation arabe », mais se fonde sur une analyse marxiste de notre histoire.


Vingt-cinq ans ont passé depuis l'ar­res­ta­tion de Georges Ibrahim Abdallah, et il faudrait d'un décret spécial pour qu'il soit libéré ?

 

Ne nous laissons pas abuser :

Le main­tien en détention de Georges Abdallah est une transgression de la loi française et un acte abusif qui vio­le les lois interna­tio­nales.

 

C'est un acte délibéré :

Georges Ibrahim Abdallah reste à ce jour incarcéré pour ce qu'il représente, un ennemi du sionisme et de l'impérialisme.


N'en restons pas là !

Les prisonniers politiques sont, paraît-il denrées inconnues dans notre doulce France. La « perpétuité » signifie la dé­tention jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Tel est l'acharne­ment de l'État contre les prison­niers révolutionnaires :

- la mort de Joëlle Aubron n'a pas as­souvi le dé­sir de ven­gean­ce des commis du gouvernement : elle n'a été libérée que lorsque le pronostic vital avait été engagé ;

- si Nathalie Mé­ni­gon, victime de plu­sieurs accidents vasculaires cérébraux a été longtemps pour la justice trop handi­ca­pée pour travailler (et donc pour bé­né­ficier d'une libération conditionnelle), la pression des militants a enfin opéré et on l'a jugée assez han­­di­ca­pée pour la libérer ;

- Jann-Marc Rouillan a été remis en prison au motif, disons, d'un devoir de réserve, auquel il ne se serait pas conformé !

 

Ne nous leurrons pas !

Si les dictatures fascistes répriment brutalement à visage décou­­vert, les démo­craties bourgeoises se masquent sournoisement derrière leurs sacro-saints « Respects des Droits de l'Homme » et leur toute-puis­­sance est sans retenue contre ceux qui s'attaquent à leur ordre. Les lois françaises sont, paraît-il, inspi­rées des principes de la Révolution Française. Mais, dans l'atmos­phère délétère où nous survivons, elles me sembleraient plutôt être au service de la haine et de la vengeance.


Jean-Pierre Bastid



[1] Verbatim. t. lI. Chronique des années 1986-1988, Fayard, Paris, 1995. p. 103, 104 et 105

[2] Dans un livre confession, Jean-Paul Mazurier, avocat de Georges Ibrahim Abdallah reconnaît avoir été aux ordres des services secrets français et rétribué par ceux-ci.

Cf. Jean-Paul Mazurier & Laurent Gally : L'Agent noir, une Taupe dans l'Affaire Abdallah. Robert Laffont, Paris (septembre 1999).

 

Article publié sur http://liberonsgeorges.over-blog.com le 18 mai 09